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Analyse bilan comptable

La lecture du bilan s’impose : au gérant de l’entreprise, afin d’analyser ses ressources présentes et ses besoins futurs, aux partenaires financiers de l’entreprise (banque, personne physique qui a accordé un prêt à l’entreprise lors de sa création (un proche du créateur de l’entreprise le plus souvent), associés ou actionnaires...), aux partenaires commerciaux de l’entreprise (les fournisseurs dès lors que la commande n’est pas intégralement payée d’avance, les clients lorsque le produit vendu nécessite le versement d’un acompte à la commande).

Or la lecture d’un bilan nécessite quelques connaissances comptables.

Mais avant tout, savoir parcourir un bilan (qui n’est que l’addition de toutes les écritures comptables passées durant l’année) est une condition lorsque l’on souhaite tenir la comptabilité de son entreprise afin de comprendre le sens des écritures comptables que l’on aura à comptabiliser.

Rien de plus faux qu’un bilan exact

Pour illustrer la notion de patrimoine (article : définition bilan), nous avons calculé le patrimoine d’un particulier à une date donnée. Les éléments positifs et négatifs de son patrimoine ont été évalués à leur valeur de marché à cette date. En effet, déterminer la richesse d’une personne en tenant compte, non pas de la valeur de marché mais de la valeur d’entrée dans son patrimoine de ses éléments d’actif, n’aurait pas de sens. Par exemple, tenir compte non pas de la valeur de marché de sa résidence principale mais de sa valeur d’acquisition serait ridicule : un particulier qui aurait acheté un appartement de 300m² à Paris en 1960 aurait un patrimoine immobilier au mieux égal à l’acheteur d’un studio de 20m² en 2008 dans le même quartier !

C’est pourtant cette pratique comptable qui s’impose aux entreprises. Une entreprise présente en effet dans son bilan :
- les valeurs d’acquisition de ses biens immobiliers et mobiliers. La législation n’oblige pas à la réévaluation des biens figurant au bilan, notamment des biens immobiliers (qui se sont souvent appréciés avec le temps). Au contraire, des amortissements viennent diminuer progressivement dans le temps la valeur de ces biens. Au final, un bien peut donc afficher une valeur nulle au bilan alors que sa valeur de marché représente l’essentiel du patrimoine de l’entreprise (le cas de locaux le plus souvent).
- les valeurs d’achat de ses titres et valeurs mobilières de placement (actions d’autres sociétés), les plus-values potentielles ne figurant pas au bilan.

A l’inverse, les pertes potentielles sont obligatoirement inscrites au bilan sous forme de provisions :
- pertes latentes sur les stocks,
- pertes estimées sur des créances clients (lorsqu’un client est en liquidation par exemple, ou insatisfait),
- pertes latentes en raison d’une procédure judiciaire en cours, moins-values latentes sur des titres financiers (contrairement aux plus-values latentes qui n’apparaissent pas au bilan)...

Au total, pour estimer le patrimoine d’une entreprise à partir de son bilan, il faut se référer aux annexes de ce bilan qui apportent des informations complémentaires sur le patrimoine de l’entreprise afin de corriger certaines valeurs comptables et obtenir les valeurs de marché correspondantes.

Exemple d’analyse d’un bilan

Exemple 1 : Ressources et besoins de long terme

BILAN AU 31/12/09
ACTIF PASSIF
Immobilisations Capitaux propres
Frais de constitution 1.000€ Capital 10.000€
Fonds de commerce 25.000€ Réserves 2.000€
Logiciel 2.000€ Résultat 5.000€
Aménagements 7.000€
Mobilier et informatique 10.000€
Total Immobilisations 45.000€ Total capitaux propres 17.000€
Créances et disponibilités Dettes
Stocks 13.000€ Emprunt bancaire 27.000€
Créances clients 0€ Emprunt OSEO 4.000€
Banque 1.700€ Emprunt M. X 6.000€
Caisse 300€ Dettes fournisseurs 4.000€
Dettes fiscales et sociales 2.000€
Total actif circulant 15.000€ Total dettes 43.000€
TOTAL ACTIF 60.000€ TOTAL PASSIF 60.000€

Le bilan de cette petite entreprise relevant des BIC achat-vente présente un résultat positif. C’est un point à noter mais davantage à analyser à partir du compte de résultat.

La création de cette société a demandé :
- 1.000€ de frais de création (dépôt au greffe, journal annonce légale...), l’acquisition d’un fonds de commerce pour 25.000€ (rachat d’une petite librairie),
- l’acquisition d’un logiciel de gestion des stocks pour 2.000€,
- divers aménagements et mobiliers pour un total de 19.000€ (7.000€ d’aménagements (travaux électricité et câblage informatique du local) + 10.000€ de mobiliers de bureau et informatique (étagères, bureau et chaise de bureau, ordinateur).

Les valeurs de ces immobilisations figurent au bilan en valeur d’acquisition. Leur valeur de marché serait certainement inférieure en raison :
- de la dépréciation du mobilier, du matériel informatique et du logiciel,
- de la difficulté à revendre un fonds de commerce en cas de faillite.
D’ailleurs, la pratique de la vente des fonds de commerce n’est pas partagée dans bien d’autres pays d’Europe. Certes, on peut revendre du matériel (dans tous les métiers de bouche par exemple), une licence (licence IV)... mais son emplacement et sa clientèle, pourquoi ne pas créer le même commerce dans un autre local ! Pourquoi racheter la clientèle d’un libraire quand on est libre de créer sa propre librairie ? Alors quand son prédécesseur a fait faillite et que c’est un liquidateur qui cherche un remplaçant, le fonds de commerce n’a généralement plus beaucoup de valeur...
Là encore, il faudrait prendre connaissance du compte de résultat pour juger de la pérennité de ce commerce.

En revanche, ce que ce bilan indique clairement, c’est que les besoins de long terme de l’entreprise (ses immobilisations, dont le renouvellement ne sera que partiel (on ne renouvelle jamais un fonds de commerce) et différé dans le temps) sont financés par des ressources de long terme (les capitaux propres, apports initiaux qui ne sont pas destinés à être reversés, et les emprunts dont le remboursement s’étale sur plusieurs années).

  • total besoins de long terme, immobilisations = 45.000€
  • total ressources de long terme = 54.000€ regroupant :
    • capitaux propres = 17.000€
    • total des emprunts : 27.000 + 4.000 + 6.000 = 37.000€
Ce bilan témoigne donc d’un financement très sain des investissements qui ont été nécessaires pour créer l’entreprise et d’un excédent de 9.000€ de ressources à long terme comparativement au montant des investissements initiaux. De ce fait, une partie des charges d’exploitation (coût de possession du stock essentiellement) est couverte par cet excédent de ressources stables et finalement très peu par le biais de crédits fournisseurs (4.000€).

Tout créateur d’entreprise sait que cette situation idéale est rare. Généralement, réunir des ressources stables pour démarrer une activité constitue la principale difficulté à la création d’entreprise. Mais il faut cependant comprendre que cette règle de gestion qui exige que les actifs immobilisés soient financés par des ressources stables est une garantie de la pérennité d’une entreprise. Dans le cas contraire, l’entreprise sera très rapidement dans l’obligation de compter sur ses fournisseurs, sur l’Etat ou les caisses de cotisations sociales pour financer son exploitation, autrement dit de ne plus payer ses dettes...

Exemple 2 : Besoin en fonds de roulement (BFR)

BILAN AU 31/12/09
ACTIF PASSIF
Immobilisations Capitaux propres
Frais création entreprise 1.000€ Capital 1.000€
Fonds de commerce 0€ Réserves 0€
Logiciel 7.000€ Résultat 18.000€
Aménagements 0€ Compte de l’exploitant 0€
Mobilier et informatique 5.000€
Total Immobilisations 13.000€ Total capitaux propres 19.000€
Créances et disponibilités Dettes
Stocks 0€ Emprunt bancaire 0€
Créances clients 10.000€ Emprunt OSEO 0€
Banque -100€ Emprunt M. X 0€
Caisse 100€ Dettes fournisseurs 0€
Dettes fiscales et sociales 4.000€
Total actif circulant 10.000€ Total dettes 4.000€
TOTAL ACTIF 23.000€ TOTAL PASSIF 23.000€

Le bilan de cette entreprise individuelle est celui d’une traductrice relevant donc des BNC. Cette activité, exercée à domicile, ne nécessite que peu d’investissements si ce n’est en matériel informatique et logiciel spécialisé. Les charges du compte de résultat sont essentiellement constituées par les cotisations sociales de l’entrepreneur individuel (qui figureront au compte de résultat) qui se traduisent au bilan par des dettes sociales au 31 décembre (cotisations du dernier trimestre qui sont à verser au début de l’année suivante). Aussi, le résultat de l’activité est approximativement égal à son chiffre d’affaires diminué des cotisations sociales s’élevant à 1/3 du chiffre d’affaires environ. Ces informations relèvent du compte de résultat de l’entreprise (on empiète sur la suite mais il est évident que bilan et compte de résultat s’analysent simultanément !), mais on peut estimer le chiffre d’affaires de cet indépendant à 30.000 euros environ (pour obtenir après cotisations sociales et autres charges et amortissements un résultat comptable de 18.000€).

Aussi, sur cette base d’un chiffre d’affaires de 30.000€, les créances clients s’élevant à 10.000€ représentent un tiers du chiffre d’affaires annuel. Autrement dit, ce traducteur laisse en moyenne un délai de paiement de 120 jours à ses clients (360 jours x 1/3). Il en résulte pour lui des difficultés de trésorerie pour son entreprise (léger découvert bancaire) et l’impossibilité de se verser l’intégralité du résultat de son activité.

Ce besoin de trésorerie permanent lié à l’exploitation (appelé besoin en fonds de roulement) doit donc être anticipé par l’indépendant sous deux angles :
- professionnellement, cette partie commerciale de relance et de gestion des impayés fait partie intégrante de ses fonctions,
- financièrement, ce besoin permanent de trésorerie doit être couvert par des ressources permanentes, des capitaux propres.

Il aurait donc été souhaitable d’apporter initialement le montant moyen de ces créances en capital. Aujourd’hui, pour l’indépendant, ne pas se verser l’intégralité de son résultat consiste à laisser l’équivalent de ce besoin en fonds de roulement dans l’entreprise sous forme de réserves.

Par ailleurs, il faut noter que ce besoin en fonds de roulement augmentera avec le chiffre d’affaires réalisé. Dans cet exemple, si le traducteur augmente son chiffre d’affaires et que ses clients s’accordent le même délai de paiement qu’actuellement de 120 jours, ses créances clients augmenteront et devront trouver à s’équilibrer au bilan avec de nouvelles ressources (découvert bancaire ou non rémunération de l’exploitant individuel ?).

PS : le compte de l’exploitant figure dans les capitaux propres mais avec un solde nul dans cet exemple, cette notion n’étant traitée qu’ultérieurement sur ce site.

Exemple 3 : Financement des pertes d’exploitation

BILAN AU 31/12/09
ACTIF PASSIF
Immobilisations Capitaux propres
Frais établissement 1.000€ Capital 20.000€
Fonds de commerce 0€ Réserves 0€
Site internet 12.000€ Réport à nouveau -7.000€
Aménagements 0€ Résultat -8.000€
Mobilier et informatique 5.000€
Total Immobilisations 18.000€ Total capitaux propres 5.000€
Créances et disponibilités Dettes
Stocks 10.000€ Emprunt bancaire 15.000€
Créances clients 4.000€ Emprunt OSEO 0€
Banque -2.000€ Emprunt M. X 0€
Caisse 0€ Dettes fournisseurs 8.000€
Dettes fiscales et sociales 2.000€
Total actif circulant 12.000€ Total dettes
TOTAL ACTIF 30.000€ TOTAL PASSIF 30.000€

Ce bilan est celui d’un site internet de vente en ligne d’articles de pêche. Le report à nouveau négatif figurant dans les capitaux propres correspond aux pertes des exercices antérieurs. Cette société existe donc depuis au moins 2 ans, le premier exercice (ou les premiers) s’étant soldé par une perte de 7.000 euros, le dernier exercice affichant une perte de 8.000€.

C’est le compte de résultat qui détaille l’origine de cette perte comptable. Ce résultat négatif ne remet pas forcément en cause la poursuite de l’activité. En effet, bien souvent, les salaires versés par l’entreprise à ses salariés (à différencier de la rémunération des travailleurs non salariés (entrepreneur individuelle) qui est prélevée sur le bénéfice de leur entreprise) figurent dans les charges annuelles et contribuent à ce résultat négatif. De plus, le référencement d’un site internet nécessite souvent plusieurs années et sa rentabilité ne peut apparaître qu’après plusieurs exercices de pertes. Il faut se souvenir que le site Amazon.com a longtemps cumulé les pertes les plus importantes du Nasdaq avant d’imposer son modèle économique.

En revanche, le bilan de cette entreprise montre l’urgence de son refinancement. Certes, lors de sa création, cette entreprise avait bénéficié de ressources importantes comparativement à ses investissements initiaux : capital de 20.000€ plus un emprunt supérieur à 15.000€ (15.000€ étant le solde restant dû à la date du dernier bilan) pour financer un site internet qui n’a coûté que 12.000€. Par conséquent, les pertes initiales avaient bien été anticipées.

Cependant, la situation est aujourd’hui préoccupante :
- le total des capitaux propres de 5.000€ est inférieur à la moitié du capital social de 20.000€ : la recapitalisation de la société s’impose, le stock (10.000€) est intégralement financé par les crédits fournisseurs (8.000€) et le découvert bancaire (2.000€), l’entreprise jongle donc déjà entre relance fournisseurs et menace du banquier. Toute baisse des ventes ou tout incident de paiement des clients se répercutera donc sur la capacité de l’entreprise à régler ses fournisseurs et assurer la continuité de son exploitation,
- la trésorerie est négative de 2.000€.

L’entreprise est donc menacée sur tous les fronts :
- insuffisance de ses capitaux propres,
- risque sur le financement de son exploitation,
- besoin de trésorerie à court terme.

Au total, si la perte de l’exercice antérieur semblait anticipée par l’importance des capitaux propres, la perte du dernier exercice exige des financements nouveaux. Plus grave encore, la poursuite de l’activité semblant d’ores et déjà compromise, continuer à gérer l’entreprise en espérant des jours meilleurs pourrait être jugé comme une faute de gestion qui engagerait la responsabilité personnelle du gérant de cette entreprise. Il est indispensable que les associés ou actionnaires apportent des liquidités à l’entreprise (par le biais d’une augmentation de capital ou d’apports en compte courant) ou trouvent un partenaire qui souhaiterait entrer au capital.

Ce nouvel apport avait d’ailleurs peut-être été prévu lors de la création de l’entreprise dans le bilan prévisionnel. A l’inverse, l’absence de business plan et d’états financiers prévisionnels ne pouvait aboutir qu’à une gestion à court terme, sans évaluation dans le temps des besoins en ressources stables de l’entreprise. Le lecture de plusieurs bilans successifs est donc une nécessité pour analyser et anticiper l’évolution du patrimoine d’une entreprise dans le temps et se prononcer sur la pérennité de son activité.













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